Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Jean Damichel
Instituteur. Fusillé au Mont Valerien le 15 décembre 1941

Antonin Guillot - Trois Rivières n°24


Sommaire
Jean Damichel est né à Allerey le 2 juillet 1908.

     Après des études à l'Ecole Normale de Mâcon, il est nommé instituteur à Saint Jean des Vignes. Membre du conseil syndical du SNI, il adhère au PCF en 1931. On lui confie rapidement des responsabilités à la section de Chalon et il est candidat du Parti aux élections législatives de 1932 et 1936. Cette même année, il est élu secrétaire de l'Union Locale CGT.

    Démobilisé en juillet 1940, il reprend la direction clandestine de la Section communiste de Chalon et jette les bases de l'OS. (Organisation Spéciale) dans notre région.

    En 1941, le gouvernement de Vichy le déplace à Cressy sur Somme, où, sur dénonciation, la Gestapo l'arrête le 27 juin. Emprisonné d'abord à Chalon, puis à Compiègne, il sera fusillé au Mont Vallérien le 15 décembre 1941, avec d'autres otages, dans des circonstances qu'il décrit lui-même dans une dernière lettre émouvante à sa femme.

      Il fut la premère victime chalonnaise de la répression nazie. Son nom a été donné à une place de Saint Jean des Vignes.


Lettre d'adieu de Jean Damichel à sa femme


Paris, 14. 12. 1941  (22h15)

         Ma chère Marcelle,
       Quand tu recevras cette lettre, tu auras déjà probablement appris par la presse que j'ai été exécuté comme otage le 15 décembre au matin. Du fort de Romainville on nous a transportés à la prison du Cherche Midi.

        Il y a une heure, deux hommes d'église accompagnés d'officiers sont venus nous annoncer cette nouvelle et probablement offrir leurs services au cas où nous en aurions demandé l'assistance. Je pense mourir courageusement car j'ai ma conscience pour moi. Cependant, avant d'être expédié dans le grand sommeil, mes dernières pensées seront pour tous les êtres chers que je laisse. Un idéal est le bien de ceux qui doivent vivre. Seulement, un bien que personne ne devrait négliger.

        Je pense, ma jolie, que toi, tu seras courageuse et que tu entoureras ma maman de toute ta tendresse dans ces moments pénibles. Je suis certain aussi qu'avec toi, ma petite Nadette ne souffrira pas trop de la perte de son papa et que plus tard, tu lui reparleras souvent de moi, afin qu'elle me connaisse un peu quand même. Dis-lui que j'emporte d'elle le souvenir d'une petite fille gentille et souriante. Je ne veux pas qu'elle soit élevée dans une atmosphère de larmes. Tu feras aussi lire cette lettre à mes frères.

        Pour l'avenir, je suis tranquille pour vous du point de vue matériel. Mon ange, dis bien à tous, grand-mère, grand-père, Mimile, Lili, Suzanne et Pierre, Thérèse, Madeleine, que mes dernières pensées sont aussi pour eux. Mais c'est surtout à toi que je pense, mon amour, je t'embrasse une dernière fois. Sois courageuse.

                                                                                                       Jean.