Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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La sucrerie de ciel

Monique Gabin - Trois Rivières n° 46


Sommaire
    La saveur  sucrée a toujours exercé un attrait sur l'homme et il a cherché dans la nature les plantes et les fruits capables de le satisfaire. La canne et le miel se sont imposés. La canne ou roseau sucré a été utilisé à l'état sauvage puis cultivée dès la plus haute antiquité, son origine serait la Nouvelle Guinée et les îles voisines. Les Chinois utilisèrent ce "miel de roseau" plusieurs millénaires avant JC. C'est par un amiral d'Alexandre le Grand que les peuples d'Occident connurent le sucre 325 ans avant JC. C'est le terme sanscrit "sarkara" qui a donné naissance à toutes les versions du mot sucre: sukkar en arabe, saccharum en latin, zucchero en italien, seker en turc, zucher en allemand, sugar en anglais.
     Néanmoins l'usage du sucre est très limité jusqu'à ce que les Arabes, au VIIe siècle entreprennent d'acclimater la canne à sucre dans les pays méditérrannéens. Ce sont les Croisés, à partir du 7ème siècle, qui vont véritablement faire connaître la canne qui sera cultivée jusque dans le midi de la France.
     A l'aube du 19ème siècle, la canne à sucre a bouclé son tour du monde, voyage qui a duré 2000 ans. Parti des îles du Pacifique, le roseau sucré a gagné tous les continents. La révolution de 1789 paralyse le commerce français du sucre. En 1792, la france est en guerre contre l'Angleterre qui empêche toute communication avec les colonies d'Amérique. Il faut rationner le sucre. La situation s'aggrave encore lorsque Napoléon instaure le blocus continental en 1806.
     Dès 1575, Olivier de Serres avait signalé la richesse en sucre de la betterave. En 1745 le chimiste allemand Marggraf avait fait part de ses expériences. En 1786, un des élèves, Frédéric Achard construit une prémière usine expérimentale dont les résultats sont très satisfaisants. Les recherches en vue d'extraire du sucre de cette plante vont être encouragées par l'Empereur et de nombreux savants entreprennent des recherches dont Chaptal.
     Le 15 janvier 1812, un décret impérial ordonne que 100 000 hectares de terre soient encemencés en betteraves, dont 500 en Saône et Loire. 1828, la France compte 585 sucreries de betteraves. Dans notre région des fabriques s'installent à Chalon, Tournus, Châtenoy le Royal et Ciel. Aujourd'hui sont implantées à Ciel une usine de conserves de légumes et une casserie d'oeufs, et il nous a paru intéressant de rappeler la courte histoire de la sucrerie.
     En 1966, M. Georges Pacaud avait présenté au congrés de l'ABSS un travail sur cette fabrique. Nous en reprenons les points essentiels que nous compéterons avec de nouveaux documents.   


   "En 1829, entrait en fonctionnement la seconde sucrerie de Saône & Loire, son fondateur était M. Claude Constantin, propriétaire à Ciel... Cette usine était montée pour traiter annuellement 2 millions de Betteraves ou un million de kilogrammes, dans un jour de travail. Elle aurait pu en traiter 3 millions et demi dans un travail continu. La surface ensemencée en betteraves était de 35 ha. La production atteignait 12000 à 15000 kg de sucre brut et pareille quantité de mélasse et de pulpe.
     Cette production importante s'expédiait à Paris et à Dijon et s'y vendait, à titre égal aussi bien et mieux même que celui des colonies. La mélasse permettait de faire une eau de vie supérieure à celle d'un marc de raisin et pouvait également faire un trés bon engraispour les terres destinnées à la culture de la betterave.
     De cette importante usine dont nous avons retrouvé trace au cadastre de la coimmune de Ciel, il ne reste rien sinon quelques grandes formes de terre cuite, dans lesquelles étaient recueillis les siros cuits. Une de ces formes recevaient la quantité de sirop correspondant à 500 kg de betteraves.
 En chomage fréquent depuis 1836, la sucrerie de Ciel devait disparaître en 1843. L'existence éphémére de cette sucrerie fut le lot d'un trés grand nombre de celles qui couvraient la France depuis la restauration. De trop lourdes charges les frappaient depuis 1839. La sucrerie de Ciel était fort bien outillée, le sucre y était obtenu à la cuite et à la vapeur, mais malgré le degré de perfection de cette usine qui pouvait rivaliser avec les meilleurs établissements de l'industrie sucrière, elle périclita comme beaucoup d'autres sous les coups d'une néfaste politique douanière".


    Claude Constantin, créateur de cette sucrerie, est né à Chalon s/Saône en mai 1771. Son père, François Constantin, habite Ciel en 1787 car il apparaît dans un acte notarié concernant un bail à ferme de la terre et seigneurie de Senecey appartenant au général de La Bédoyère. Il est mentionné dans cet acte en temps que procureur spécial du comte; il est en quelques sorte son homme d'affaires. Il est propriétaire à Ciel, c'est un homme aisé. Son fils, Claude, le fondateur de la sucrerie, se marie le 23 avril 1795 avec Jeanne Bernard de Verdun; de cette union naîtront trois enfant. Dans un acte de 1797, il est dit officier de santé (médecin d'un rang au-dessous de celui de docteur en médecine) à Chalon. Dans un autre acte extrait des registres paroissiaux de Verdun, on nous le présente comme marchand à Verdun. Les deux ne sont pas incompatibles, à cette époque nombre de bourgeois faisaient du commerce. C'était très certainement un homme entreprenant et dynamique qui s'interessait non seulement à l'industrie mais aussi aux affaires publiques puisqu'il est maire de Verdun de 1811 à 1816 puis maire de Ciel de 1823 à 1837. Pour installer la sucrerie, Claude Constantin achète une propriété au marqui de Pons, dernier seigneur de Verdun.
     Le 28 mars 1838, il meurt à Chalon; enterré à Ciel, sa pierre tombale se trouve au chevet de l'église.
     Le 21 mai 1838, ses héritiers font procéder à l'inventaire de ses biens dont la sucrerie (.....)
    Aujourd'hui, il ne reste rien de la sucrerie, pas même les formes dont parle M. Paccaud. Seule subsiste une maison bourgeoise délavrée souvenir de l'activité passée, souvenir qui ne tardera pas à disparaître lui aussi, victime de l'abandon et de l'oubli.