Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Les quarante ans de Trois Rivières

Que de chemin parcouru en quarante ans !

En 1972, Antonin Guillot, responsable de la section archéologique du GEHV, veut vulgariser les découvertes faites par son équipe sur le site exceptionnel du village gaulois du Petit-Chauvort. Quoi de mieux qu'un organe de liaison ? Antonin Guillot et son ami Pierre Léger, lancent un modeste bulletin qu'ils dénomment Trois Rivières. Ce titre fait évidemment référence aux trois principales rivières du Verdunois : la Saône, le Doubs et la Dheune. Pierre Léger prend la gérance du bulletin dont la publication devient semestrielle dès 1973.

Une naissance sous le signe de l'archéologie

Les premiers bulletins, ronéotypés, ne comprennent que quelques pages réunies par une équipe de bonnes volontés.

Les cinq premiers numéros traitent exclusivement de l'archéologie, surtout des résultats des fouilles du Petit Chauvort. Déjà, des collaborateurs talentueux apportent leur contribution, à l'exemple de Louis Bonnamour.

Un matelas financier est indispensable pour pérenniser la revue. Les promoteurs de Trois Rivières ouvrent donc leurs colonnes à l'histoire locale. Leur champ d'action élargi, les gérants parient sur une hausse des adhérents, plus attentifs à l'histoire locale afin de déboucher à moyen terme sur une revue moins artisanale. Dès 1975, de courts articles évoquent Pierre Vaux, dont le souvenir hante dans le secteur.

En 1976, Trois Rivières perd brutalement son co-fondateur en la personne de Pierre Léger. Antonin Guillot, récemment retraité de l'Education Nationale, tient désormais seul le flambeau. Il poursuit et amplifie la politique entreprise. En 1977, sort le premier bulletin spécial (n° 10) sur La toponymie du Verdunois de Claude Joannelle. Cet ouvrage d'une centaine de pages, dactylographié, concerne toutes les communes du canton : il s'avère précieux tant en matière d'archéologie que d'histoire. A la surprise du conseil d'administration, La toponymie imprimée à une centaine d'exemplaire connaît plusieurs rééditions. L'apport financier permet désormais d'éditer des bulletins dactylographiés, imprimés à l'office municipal de la culture de Chalon-sur-Saône.

Ouverture réussie vers l'Histoire

Enhardi par ce bon accueil du public, Antonin Guillot, publie avec le concours d'un étudiant, Jean-Paul Thévenot, un second bulletin spécial sur La confrérie des pauvres d'Allerey dès 1978. L'expérience aidant, Trois Rivières prend alors un nouveau virage éditorial pour les deux publications semestrielles : l'une traitant un thème spécial, l'autre des articles variés. Sauf rares exceptions, cette règle reste en vigueur aujourd'hui.

Intelligemment secondé par Claude Joannelle, Antonin Guillot publie trois bulletins entre 1979 et 1983 qui marquent une nouvelle étape dans cette quête de la notoriété grâce à deux parutions :

- Le « petit » manuscrit de Louis Boissard, mémoires commentées d'un paysan de Bragny du premier tiers du XIXe siècle ;
- le Panorama archéologique du Verdunois qui établit un bilan complet des différentes trouvailles du secteur ;
- un curé de campagne du Verdunois au XIXe siècle (écrits commentés du curé de Charnay sur sa paroisse).

A la même époque, Trois Rivières fidélise et accroît son lectorat. Les adhésions en hausse facilitent enfin l'édition de bulletins imprimés. Les sujets historiques prennent de l’importance, profitant du retour du docteur Carlot, fondateur du GEHV, auteur d'intéressants articles concernant Verdun : les tuileries, des biographies d'Abel Jeandet et de François Fertiault, quant au président Félix Brunand, il publie une histoire de Verdun et sa région (1815-1871), fruit de longues recherches. L'autre pôle du canton, Gergy, profite aussi de cette pagination accrue pour accueillir les articles d'André et de Renée Questat : L'école de Gergy, Etienne Raffort, etc. Au même moment, Claude Joannelle écrit une Histoire des seigneurs de Verdun très fouillée ainsi qu'un numéro spécial qui connaît plusieurs retirages : Les cahiers de doléances du Verdunois. Sur ces entrefaites paraît ainsi Claude Lebault, peintre ordinaire du roi, par Gilles Chomer et Antonin Guillot, à qui l’on doit les belles peintures qui ornent l’église d’Allerey. Une tentative de jeu-concours s'organise un temps tandis que le bulletin s'ouvre à la poésie et au folklore.

En une décennie, Trois Rivières acquiert une solide réputation, devenant incontestablement la "vitrine" du GEHV avec les adhérents qui frôlent désormais les 200, chiffre nécessaire pour enfin assurer un bulletin imprimé. Le succès appelant le succès, Trois Rivières attire non seulement de nouveaux cotisants, mais aussi de nouveaux collaborateurs.

Le reste de la décennie 1980 se poursuit sur cette lancée. L'archéologie reste une matière importante puisque les fouilles de Bragny se révèlent particulièrement fructueuses font l'objet de plusieurs articles, ainsi que les comptes-rendus de sondages sur Verjux et Gergy.

Des articles concernant les communes de l'Est du canton sont appréciés tels le Pont de Navilly, XVIIIe siècle1.


Une notoriété grandissante

Trois Rivières conforte cette image de qualité et de sérieux que valide la hausse continue des adhésions, proches de 300. Ce chiffre atteint, le bulletin peut enfin être imprimé dans de bonnes conditions. De plus, depuis le milieu des années 1980, Pierre Mercey assure bénévolement la mise en page (il exerce cette lourde tâche jusqu'au début des années 1990). Cette importante économie facilite enfin le recours à un imprimeur professionnel pour faire paraître des ouvrages imprimés, de bonne facture.

Un bémol toutefois : faute de crédits suffisants, Antonin Guillot, ne peut pas publier deux travaux d'une forte pagination qui lui tiennent à cœur : une biographie de Madame Boucicaut (le centenaire du décès de cette femme de bien native de Verjux est d'ailleurs commémoré en 1987) et l'histoire du camp américain d'Allerey fonctionnant entre 1917 et 1919. Dans l'immédiat, il se résout à publier Some women of France, récit de Claude Fitch, un officier au camp-hôpital américain d'Allerey.

Comme partout ailleurs dans le milieu historique, la fin des années 1980, se caractérise par la multiplication des études sur le bicentenaire de la Révolution, même si une première approche avait déjà eu lieu dès 1981 avec la parution des cahiers de doléances. Trois Rivières souscrit à cette tendance par divers articles ou numéros spéciaux. Cette décennie est marquée aussi par le décès ou le retrait de collaborateurs de longue date : Félix Brunand, Claude Joannelle, le docteur Carlot.

La décennie 1990 marque une inflexion dans la politique éditoriale de Trois Rivières qui entame la publication de nombreux articles évoquant une histoire proche ainsi qu’un intérêt accru pour nos rivières. Les résultats sont à la hauteur des espérances se concluant par une grosse vague d'adhésions. Citons, parmi d'autres : les tuiliers, les concours agricoles, la pôchouse, Verdun 1900, le camp américain d'Allerey, etc. Des tirages s'approchent désormais des 1 000 exemplaires. Surtout, l'irruption de la micro-informatique dans les foyers facilite la rédaction des articles qui peuvent être relus et revus en tous sens, tâche auparavant beaucoup plus lourde avec la dactylographie ou la mise en page artisanale.

A l'occasion du cinquantenaire de la Libération, le GEHV tente – et réussit - un pari risqué avec la parution de 1939-1945, les Années noires en Verdunois, ouvrage qui rencontre aussitôt un grand succès. D'ailleurs, ces succès et les apports budgétaires successifs qui en découlent permettent enfin la parution tant attendue de Madame Boucicaut, un destin hors du commun en 1995. Ce gros ouvrage de 200 pages, regroupe exceptionnellement les deux parutions semestrielles. Vite épuisé, il fait l'objet de plusieurs rééditions. Quinze ans plus tard, on peut estimer que près de 2 000 exemplaires ont été vendus.

1999 représente aussi une date importante avec la parution de l'autre grande œuvre d'Antonin Guillot, Le camp américain d'Allerey, travail qui connaît lui aussi un succès mérité et une réédition.


De la qualité à l’audience

    Après ces premières décennies d’aménagements successifs dans le contenu et dans la forme, Trois Rivières franchit une étape décisive en 2000 avec l’arrivée d’éléments jeunes et dynamiques à la gérance et à la réalisation : Laurent Gourillon et Lionel Canac. La présentation est améliorée pour retenir l'attention des lecteurs potentiels : nouvelle couverture, dos carré, mise en page renouvelée. Chaque année continuent de paraître un numéro ordinaire et un numéro spécial, et des auteurs reconnus apportent leur collaboration. Le contenu éditorial reste le même : choix de sujets susceptibles d'intéresser les lecteurs, regards sur l'actualité ancienne ou plus récente, ouverture si possible à toutes les communes du canton, vérification des sources, etc.

    Dès 2000, ce sera un ouvrage important de Gérard Delannoy, Saint-Loup-de-la-Salle, histoire d’un village bourguignon, première monographie communale publiée par Trois Rivières. L’année suivante paraît Le XXe siècle en Verdunois, ouvrage collectif de 200 pages largement illustré qui a le mérite de renouveler les adhésions, grâce à la mise en place de nouveaux points de vente puis du site internet. En 2003, autre importante publication, Regards sur le 19e siècle avec plusieurs articles novateurs. Vincent Farion publie en 2004 un travail fouillé et inédit, Histoire des meuniers et moulins (canton de Verdun-sur-le-Doubs). Puis, La Saône dans l’Histoire du Verdunois - sous la direction de Louis Bonnamour et Laurent Gourillon – est une fort belle publication, avec la participation de nombreux auteurs (2005). Le peintre Claude Lebault fait l’objet d’une nouvelle étude par Annick Vandroux, avec d’excellentes photographies couleurs (2006).

Depuis longtemps attendu, paraît enfin (en 2007 et 2008) Verdun-sur-le-Doubs des origines à nos jours, en deux volumes à l'occasion du cinquantenaire du GEHV, remarquable réalisation de Laurent Gourillon, aboutissement d’un long et patient travail de recherches, dont l’audience locale et régionale est importante et méritée.

2009 voit la parution d’une étude originale et inédite : Entre artisanat et industrie, la gravure sur métaux, à Gergy, depuis 1885, par Lionel Canac.

Dernier ouvrage de la décennie qui s’achève, sous forme de deux importantes contributions à l’histoire locale, voire nationale : Aspects et figures agricoles du Verdunois, dont une monographie agricole de Longepierre en 1930 et Charles Borgeot, un homme d’influence au service de l’agriculture par Laurent Gourillon, biographie d’un grand notable du Verdunois, riche d’informations et d’enseignements.

Désormais, eu égard au sérieux et à l’audience de ses études, articles et ouvrages, Trois Rivières figure parmi les principales revues historiques du département. Des acquis dus, entres autres, à la collaboration d’historiens, chroniqueurs, archéologues. Citons : Louis Bonnamour, ancien conservateur du Musée Denon à Chalon (pour l’archéologie de la Saône et du Doubs), Jean-Loup Flouest (fouilles du site hallstattien de Bragny ; archéologue de Bibracte), Philippe Barral (archéologue, de l’Université de Besançon ; fouilles du site gaulois de Chauvort), Henri Gaillard de Sémainville (Université de Besançon, nécropole mérovingienne de Charnay) ; Annie Dumont (archéologue subaquatique, sites de Pontoux et de Saunières-Sermesse) ; Louis Devance (Affaire P. Vaux et J. Petit), Robert Chantin, Annie Bleton-Ruget (historiens), etc. Outre ces signatures prestigieuses, les signatures locales, toujours nombreuses, cohabitent sans aucun problème, offrant des articles variés au contenu fort riche.

Enfin, n'oublions pas que Trois Rivières n'existe que par la présence d'une équipe unie et dynamique autour de l'intérêt général qui prime sur toute autre considération. Outre la rédaction des articles et l'impression, tâches passionnantes et nécessitant un suivi quotidien, le bulletin génère un travail comptable et rigoureux : actualisation de la liste des adhérents, livraisons tant auprès des adhérents que des points de vente.

Notons enfin que la pertinence du titre de notre bulletin Trois Rivières – formule employée pour la première fois en 1972 – semble avoir inspiré depuis cette date, de nombreux organismes publics ou privés du Verdun (collège, communauté de communes, agence immobilière, office de tourisme, etc.).

Et maintenant, que Trois Rivières nous emmène encore longtemps, au fil des années, à la découverte du Verdunois de jadis et de naguère.