Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Les déportés de Gergy

Renée Questat - Trois Rivières n° 24


Sommaire
    En 1943, à Gergy, des résistants appartenant à l'Armée Secrète, se retrouvent par groupes de huit. Ils participent à des sabotages de voie ferrée, de pylones électriques, donnent des renseignements. C'est une période bien troublée.
     Le 12 avril 1944, arrestation par la Gestapo de quatre résistants. La milice avait déjà sévi quelques temps avant, emmenant plusieurs prisonniers. Les autres résistants demeurent sur leurs  gardes quelques jours, puis pensent que le danger est momentanément passé. Brutalement, le 22 avril, entre 4 et 5 heures du matin, de nombreux foyers sont éveillés par des coups aux volets: "Ouvrez, police allemande ! ", la maison est cernée, un homme est emmené: il y en aura dix-huit; la rafle a été si fructueuse que les voitures ne suffisent pas, il faut réquisitionner le transporteur du pays avec son camion. Les plus jeunes, qui ont échappé à cette arrestation, n'attendent pas la prochaine fois et gagnent le maquis.
     C'est alors la prison à Chalon avec les interrogatoires dans le local de la Gestapo, place de la Halle, durant un mois. Le 23 ou 24 mai ils embarquent en gare de Chalon en direction du camp de Royal-Lieu près de Compiègne. De ce lieu de rassemblement partent, pour l'Allemagne, des convois de 2000 détenus, dans des wagons à bestiaux: "chevaux 8, hommes 40" disent les pancartes; en réalité 100 à 120 hommes, assis les uns entre les autres. Quatre jours sans rien boire ! . . . Un voyage de cauchemar, avec des morts dans les wagons à l'arrivée.


   Les uns sont dirigés sur Neuengamme, à une quarantaine de kilomètres de Hambourg, les autres se retrouvent à Sachsenhausen au nord de Berlin. Ils sont dispersés dans différents commandos et travaillent soit dans des usines (à Wattensdet, on fabrique des bombes), soit à des travaux de terrassement.
    Ils subissent durant des mois, l'horreur des camps de concentration, avec chaque jour de nouvelles souffrances, de nouveaux morts. Alors que Chalon et sa région sont libérés depuis le 5 septembre 1944, les familles des déportés, sans aucune nouvelle, demeurent dans l'angoisse.
    L'ordre donné au "SS" était de faire disparaître les camps, les prisonniers, devant l'avance des Alliés. Pour éviter le pire, rapidement, les Russes ont délivré les commandos et le camp de Neuengamme. Monsieur Vauthier se souvient de cette nuit du 29 au 30 avril qui les a libérés, puis des longues semaines d'organisation de soins, de prise en charge par les Anglais, du retour pour Gergy. Monsieur Malfondet a vécu l'évacuation du camp de Sachsenhausen vers le nord, lorsque les nazis étaient aux abois. "La marche de la mort" a duré du 21 avril au 2 mai 1945. Sur 35 000 détenus au départ, 17 000 ont jalonné le parcours de leurs cadavres. La liberté est venue, pour les survivants, par les Américains, à Schwerin. Le 8 mai, l'Allemagne capitulait.

     Les retours s'échelonnent jusqu'au début juillet. 9 survivants seulement et 17 morts; 17 familles en deuil, dans le désarroi, de nombreux orphelins: lourd tribu payé aux Nazis, si l'on y ajoute les deux fusillés tombés auparavant.
    Pour honorer la mémoire des disparus, et entretenir leur souvenir, un monument aux résistants, déportés et fusillés, a été inauguré voici 10 ans, le 17 avril 1974. Monsieur Malfondet et Monsieur Vauthier n'évoquent pas volontiers leur déportation; ils le font, en pensant, avec les familles de déportés, que les jeunes doivent savoir. Il ne faut pas oublier ceux qui sont morts en voulant redonner la liberté à leur pays. Ils souhaitent qu'on ne voie plus jamais ça et que chacun reste attentif, car le nazisme ne doit pas renaître.


Déportés décédés
Déportés libérés


BAILLARD L.
Flössenburg
CANNEAU F. Neuengamme/Watenstedt

BROIN J.
Hinzert
FEVRE L. Sachenhausen

COLAS A.
Sachenhausen
JAILLET R. Neuengamme

EMMONOT M.
Neuengamme/Hannover-Stöken
LATRASSE L. Sachenhausen

EMMONOT F.
Sachenhausen
LIEGEON A. Sachenhausen

GUENOT J.
Neuengamma/Watenstedt
MALFONDET M. Sachenhausen

GUICHARD M.
Bergen-Belsen
ROUGET P. Sachenhausen

GRENARD L.
Neuengamme
THEVENOT A. Neuengamme/Lengerich/Kaltenkirchen

HOUILLON A.
Neuengamme
VAUTHIER M. Neuengamme/Watenstedt

JANDOT R.
Neuengamme/Watenstedt



MALFONDET L.
Flössenburg
Fusillés

MOLLARD M.
Neuengamme
COLIN G.

PERRUSSET A.
Mort à Paris à son retour LESOEUR G.

PORCHERET R.
Neuengamme/Watenstedt



ROYER A.
Flössenburg/Hersbruck



SALIN H.
Neuengamme/Hannover-Misburg



VARRAULT G.
Neuengamme/Watenstedt