Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Centenaire
Écoles et mairie de VERJUX (1881-1981)

Antonin Guillot - Trois Rivières n° 19


Sommaire   Le village de Verjux s’enorgueillit de posséder un passé digne d’intérêt et en particulier d’avoir compté parmi ses enfants, au siècle dernier, Mme Marguerite Boucicaut. Personne n’ignore qu’avec son marie, Aristide Boucicaut, elle créa le premier grand magasin, « Le Bon Marché » et que, au cours de son existence, puis à sa mort par son testament, elle manifesta une générosité et une bienfaisance exceptionnelles à l’égard de ses employés, des pauvres, des œuvres philanthropiques et tout spécialement de sa commune natale.

    Les habitants et la municipalité d’alors lui durent des libéralités renouvelées, dont, entre autres, des aides aux victimes des inondations, aux indigents, la réfection de l’église, la construction de mairie-écoles, puis d’un pont sur la Saône, et la création d’un bureau de bienfaisance.

    C’est le 18 septembre 1881 que furent inaugurées les écoles et la mairie de Verjux offertes par Mme Boucicaut à la commune, par une donation en date du 5 février 1880.

LES ÉCOLES AVANT 1881

    Avant d’évoquer la construction et l’inauguration des écoles en 1881, il est bon d’examiner la situation scolaire de la commune de Verjux vers cette époque en consultant les registres de délibérations du conseil municipal1.

    Une école communale laïque de garçons et une école congréganiste de filles fonctionnaient dans le village, dont l’entretien et une partie des salaires de l’instituteur et de l’institutrice étaient à la charge de la commune, malgré le peu de ressources de celle-ci. En février 1877, en réponse à la circulaire ministérielle demandant aux municipalités d’envisager la gratuité de l’enseignement pour tous les élèves, celle de Verjux ne peut s’engager à la voter, étant donné les dépenses et emprunts importants et prioritaires faits pour l’entretien des digues et à la suite des inondations fréquentes. Et les élèves sont nombreux, en particulier à l’école de garçons (70 élèves inscrits en 1879-1880) ; il faut donc assurer un salaire décent à l’instituteur qui a une tâche écrasante et donne en plus des cours d’adultes. L’école de garçons, située place de l’église est à peu près convenable, quoique la cour, le jardin et les dépendances à l’usage de l’instituteur soient insuffisants, mais l’école de filles que loue la commune est sombre, malsaine et ne répond pas aux normes exigées.

    Le 20 octobre 1878, le conseil municipal décide enfin l’acquisition d’un emplacement pour la construction « d’une maison d’école de filles » et vote le 14 décembre une somme de 2 500 F pour financer cet achat.

    Le 2 août 1879, à la suite de la révocation de l’institutrice congréganiste de l’école de filles, le sous-préfet invite le conseil à opter entre l’enseignement laïque2 et l’enseignement congréganiste, « considérant que depuis vingt-trois ans l’enseignement congréganiste existe dans la commune de Verjux ; qu’il a produit de mauvais résultats, car, en effet, un grand nombre de jeunes filles sont incapables de signer leur nom ; qu’il y a eu plusieurs directrices, mais que le mode d’enseignement ainsi que les résultats sont restés constamment les mêmes. En conséquence il se prononce pour l’enseignement laïque et exprime le voeu qu’une institutrice laïque soit le plus promptement possible désignée pour ce poste (…) ».


CONSTRUCTION  DES ÉCOLES ET MAIRIE (1880-1881)

    Le 5 février 1880, Mme Boucicaut s’engage à acheter le terrain des frères Genelot (acquisition décidée en 1878 par la commune) et à y édifier à ses frais une maison d’école, une salle d’asile et une salle de mairie (voir original ci-contre). Le 17 février les droits de la commune sont cédés à Mme Boucicaut.

    Les plans des bâtiments et l’agencement des salles sont dus à M. Boileau, architecte et conseiller de Mme Boucicaut, fils de l’architecte qui avait pendant des années édifié l’ensemble des magasins du « Bon Marché ». les travaux furent menés rapidement et les écoles prêtes pour la rentrée de 1881.

    Pour l’époque cet ensemble scolaire était sans doute unique parmi les écoles rurales du département et passait « pour des écoles modernes, autant sous le rapport de la construction que sous le rapport du mobilier scolaire »3 ; « on se croit tout à coup transporté dans un quartier de Paris » écrit un journaliste ! Et encore actuellement, les bâtiments et locaux entretenus demeurent exemplaires pour notre canton et même au-delà, et c’est pourquoi nous avons fait une place dans ce bulletin au centenaire de leur édification.

    Nous donnerons ci-après quelques extraits de l’état descriptif établi en 1883 par l’architecte4 sans entrer dans tous les détails des différents chapitres : description sommaire ou détaillée (maçonnerie et couverture, charpente, menuiserie,  serrurerie, marbrerie, fumisterie, zincage et plomberie, plâtrerie, peinture, vitrerie et tenture, horloge, tableaux décoratifs, jalousies, mobilierl).

Description sommaire
Ces bâtiments sont élevés sur un terrain de 3 460 mètres environ de superficie, en façade du côté Nord sur le chemin allant à Verdun (…). Ces bâtiments se composent de deux ailes reliées à un pavillon central par deux petits corps de bâtiments (…) (voir plan).


« Mobilier5
Pour les classes des garçons et des filles et de l’asile, il a été fourni 80 tables à 2 places du modèle de la ville de Paris, en chêne de 1ère, 2e et 3e grandeur.
- 2 compendiums métriques n° 1 ;
- 2 sphères de 0,33 avec méridien ;
- 2 compas, 2 équerres, 2 mètres, 2 rapporteurs, 2 tés, 2 éponges, 2 cartes de France et Europe sur toile ordinaire ;
- 1 compendium de la ville de Paris ;
- 6 bancs en chêne idem ;
- 2 chaires de maîtres avec pupitres à serrures ;
- 2 tableaux quadrillés de 1 m x 0,75 m, à pivots ;
- 2 dormeuses Ville de Paris ;
- 3 tables en chêne à pieds tournés et à tiroirs ;
- 3 chaises canées frêne ;
- 5 tables en chêne de 2 m pour le réfectoire de l’Asile et 10 bancs à dossiers allant avec ces tables ;
- 2 mappemondes cartes murales ;
- 3 cartes de l’Europe nouvelle et 2 de la France nouvelle ;
- 10 tables dites du petit commençant pour l’Asile et 8 autres dites du petit dessinateur avec bancs idem ».


    Quelles écoles de la région, il y a cent ans étaient équipées comme celle-ci ?...

    La dépense s’élevait à 154 215,41 francs-or.

    Une plaque apposée au-dessus de la porte centrale de la façade (entrée de la mairie) rappelle le geste de Mme Boucicaut. En voici le texte :

M. J. GREVY ÉTANT PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Mr C. QUANET ÉTANT MAIRE DE VERJUX
MADAME VEUVE MARGUERITE BOUCICAUT NÉE GUÉRIN
A FAIT CONSTRUIRE CETTE MAIRIE
CES ÉCOLES ET CET ASILE
ET EN A FAIT DON À LA COMMUNE DE VERJUX
SON PAYS NATAL







L’INAUGURATION

    Par une délibération du 27 mai 1881, le conseil municipal « considérant qu’il est du devoir de la municipalité de Verjux de donner une fête à Mme Boucicaut lors de l’inauguration des écoles communales dont elle est la fondatrice, vote la somme de six cent francs… »

    Et le 18 septembre 1881, auront lieu simultanément les inaugurations des écoles de Gergy et de Verjux.

    Un large compte-rendu, sur six colonnes, figure dans « Le Progrès de Saône-et-Loire », journal local « républicain »6 et nous en extrayons quelques passages pour témoigner de cette manifestation, mémorable malgré un orage et un vent violent.

    Les autorités politiques et administratives (sénateur, député, préfet, sous-préfet, maire de Chalon, les enseignants, etc.) ainsi que l’Harmonie et la Société de gymnastique de Chalon, arrivent par le train en gare de Gergy, où elles sont accueillies par M. Loranchet, maire de Gergy et conseiller général, et M. Bernard, conseiller d’arrondissement et maire de Verdun. Le cortège, augmenté de sociétés locales et de la région se rend au nouveau bâtiment des écoles et de la mairie. « Trois choses sont inaugurées aujourd’hui à Gergy : le buste de la République, la marie érigée par une municipalité républicaine, et les écoles, qui vont préparer pour l’avenir des défenseurs de la patrie7 ».

    Après les discours et les compliments, le cortège repart en direction de Verjux. « Mais ce n’est pas une petite affaire pour arriver à cette commune : il faut traverser la Saône, dont les flots sont soulevés comme les vagues de la mer par une tempête enragée. Les petites embarcations ne peuvent tenir contre l’ouragan et il n’y a qu’un bac, très fort, il est vrai, pour faire le service des piétons, des cavaliers et des voitures ; on ne peut passer que cent cinquante personnes à la fois, et il y en a plusieurs milliers (…) ». Dans la salle d’asile sont réunis le conseil municipal et le maire de Verjux, Mme Boucicaut et sa famille, les principaux intéressés du Bon Marché, M. Boileau, architecte de ces écoles. M. Loranchet, dans son allocution, adresse des remerciements à Mme Boucicaut, rappelle ses actes de bienfaisance, fait l’éloge des nouvelles écoles et s’associe à la reconnaissance des habitants. M. Boileau remercie au nom de Mme Boucicaut. Le préfet prend la parole à son tour, les élèves offrent des fleurs, puis on visite les classes. « Pendant ce temps les sociétés qui ont fini de traverser le fleuve, trouvent à leur arrivée un splendide buffet dressé dans une des vastes salles des écoles ; le Bon Marché a fait les choses princièrement (…).

    On retraverse la Saône pour revenir à Gergy ; cela dure une heure. À deux heures, pour le banquet, 150 personnes se retrouvent à table : « (…) C’est un grand attrait de voir à la table d’honneur présidée par Mme Boucicaut et M. Hendlé, chaque invité accompagné d’une dame (…) ». Au dessert et au champagne offert par Mme Boucicaut, les toasts commencent : de M. Loranchet au gouvernement républicain et à M. Grévy, « (…) car c’est aux principes républicains que l’on doit les écoles actuelles » ; de M. Mathey, sénateur ; de M. Hendlé, préfet, « (…) Pour remercier les dames qui ont bien voulu assister au banquet ; ce sont des mœurs nouvelles8 qu’il est heureux de voir s’introduire dans notre pays (…) ». Dans une longue allocution, M. Boileau, architecte, fait l’éloge de M. Boucicaut et du rôle de Mme Boucicaut à ses côtés, puis après la disparition de son mari, en 1877, de sa générosité à l’égard de tous. Mais « elle voulait faire une œuvre qui durât dans l’avenir et c’est alors que, devançant presque les lois nouvelles sur l’instruction pour tous (…) elle résolut de fonder et doter les écoles de Verjux ». Il parle du rôle de l’école et de la façon de faire le bien : « (…) Il y a mieux que le bien qui se donne d’une main et dont on retire un avantage, si léger qu’il soit, de l’autre main. Vous avez compris que Mme Boucicaut a fait ce mieux. Quand elle donne, c’est des deux mains (…) ».

    Après les derniers toasts, on se rend « les uns au pâquier de Gergy, les autres à Verjux où ont lieu un tir à l’oiseau, les exercices de gymnastiques et le concert des sociétés » (sociétés de gymnastiques de Beaune et de Chalon ; musiques et fanfares de Seurre, de Verdun, de Gergy, de Saint-Jean-des-Vignes, de Demigny et de Chalon). Malgré le vent, la fête se poursuivra dans la soirée par des illuminations, une retraite aux flambeaux, un feu d’artifice tiré sur la Saône.


LES ÉCOLES APRÈS 1881

    À la rentrée de 1882, l’asile n’avait pas encore fonctionné ; le logement de la directrice d’école maternelle exigé par la loi du 16 juin 1881 n’étant pas prêt, le conseil municipal demande sa nomination et propose de la loger provisoirement à l’ancienne école des garçons. Notons les attendus : « Considérant que la création de l’école maternelle aura pour effet de permettre aux mères de familles de venir en aide à leurs maris pendant la saison des travaux des champs, époque pendant laquelle il y a toujours manque de bras (…) ».

    Le 14 février 1883, le conseil attribue une gratification à l’institutrice : « Le Conseil, considérant que les institutrice congréganistes qui se sont succédées à Verjux n’ont fait qu’entretenir l’ignorance chez les jeunes filles, que devant la réclamation des familles, le Conseil a dû réclamer l’enseignement laïque, considérant que l’enseignement laïque a relevé le niveau de l’instruction et qu’il satisfait tout le monde grâce au travail et au zèle de l’institutrice, par ces motifs, vote à l’institutrice, à titre de gratification, une somme de 118 francs (…) ».

    Le 18 mars, il vote un traitement de 25 F par mois à la femme de service de l’école maternelle ouverte le 1er février 1883 (69 élèves inscrits). Le 13 mai, il demande une sous-directrice d’école maternelle, vu le grand nombre d’élèves (38 à l’ouverture, 75 à ce jour…). Ce qui indique la nécessité et le succès de cette école maternelle auprès de la population.

    Le 4 novembre 1883, le conseil vote des remerciements à Mme Boucicaut pour sa donation du terrain, des écoles et de la mairie.

    En 1884, l’ancienne maison d’école de garçons est amodiée et le mobilier vendu.

    La même année, le Conseil vote des remerciements à Mme Boucicaut pour l’attribution de 200 F en livrets de Caisse d’épargne aux 8 élèves les plus méritants des écoles primaires et de jouets et livres aux élèves de l’école maternelle. Il en sera de même en 1885 et 1886.

    En avril 1887, le Conseil demande le maintient de l’école maternelle qui devait être transformée en école enfantine, Mme Boucicaut ayant d’ailleurs fait savoir au maire qu’elle prendrait à sa charge le traitement de la directrice à partir du 1er octobre prochain.

    Nous ne suivrons pas, dans le cadre de cet article, le destin des écoles de Verjux au-delà de 1877, année de la mort de Mme Boucicaut. La diminution de la population depuis un siècle (898 habitants en 1883 ; environ 450 actuellement) et donc des effectifs scolaires, a conduit à la disparition de l’école maternelle et il ne reste que les deux classes primaires. L’ensemble des bâtiments a parfois posé des problèmes d’entretien, les libéralités de Mme Boucicaut n’étant plus, mais les locaux libres ont trouvé d’autres destinations (salle pour l’Amicale des Anciens Élèves, salle des fêtes).

POURQUOI CE GESTE DE Mme BOUCICAUT ?

    Sa donation s’inscrivait évidemment dans la ligne des actes de bienfaisance qui ont jalonné sa vie et plus particulièrement les dix dernières années, sans parler de « l’impérissable monument de philanthropie (…) » que fut son testament  Mais ce fut le premier geste d’importance exceptionnelle à l’adresse de son village natal.

    On peut se demander ce qui l’avait amené à se préoccuper en priorité des écoles de Verjux. Mais les documents nous manquent pour apprécier les motivations de sa vie personnelle ; les archives municipales ne recèlent que des pièces administratives ; de même les articles ou ouvrages écrits sur l’histoire du Bon Marché9 sont à peu près muets à ce sujet, et les témoignages oraux ne sont évidemment pas de première main, trop éloignés, incertains et rares. Nous avons toutefois essayé, à partir d’articles de presse, de discours, de rares passages d’ouvrages, de mieux comprendre ses raisons profondes.

    Certes sa générosité l’avait sans doute poussée à intervenir au moment où la commune de Verjux se trouvait aux prises avec les problèmes de construction d’une école de filles digne de ce nom. Mais se souvenant de son enfance misérable, sans instruction (il n’y avait pas d’école de filles à Verjux au début du XIXe siècle), elle a dû acquérir quelques rudiments par la suite  et regretter son absence de formation initiale, et elle a pu souhaiter que cette lacune ne soit plus jamais le lot des humbles gens de son village natal.

    Pour cerner de plus près ses intentions, nous avons consulté de nombreux articles écrits au moment de sa mort et retenu plus spécialement deux d’entre eux parus dans des journaux de tendance nettement opposées, le 10 décembre 188710, malgré certains de leurs propos manquant sans doute de mesure…

    « L’Intransigeant » après avoir fait l’éloge de la générosité et de la bonté de Mme Boucicaut, comme la quasi totalité de la presse française d’alors, écrit : « (…) Mme Boucicaut a fait preuve tout sa vie d’une grand indépendance aux points de vue politique et religieux (…). Elle a su résister à toutes les tentatives faites contre son porte-monnaie en faveur du trône et de l’autel (…). Elle avait (…) fait construire à ses frais les écoles de garçons, de filles et la salle d’asile de Verjux pour y installer les instituteurs et les institutrices laïques (…). Mme Boucicaut dépensa pour cette œuvre laïque cent vingt mille francs, et eut à subir les flatteries, prières et menaces (…) et de M. l’évêque d’Autun, qui vint lui rendre visite à ce propos dans sa propriété de Fontenay-aux-Roses, et essaya, sans succès, de la faire revenir sur sa détermination (…) ».

    Nous n’avons pas pu vérifier l’exactitude des dires de ce journal « républicain » et « anticlérical ». Mais voyons ce que disait un journal « conservateur » et « clérical », « La Croix », dans un article intitulé « Une millionnaire » (le seul de ce genre sur plus d’une centaine que nous avons consultés) dont nous extrayons quelques lignes : « (…) disons gratuitement ce qu’a fait la riche commerçante, et un peu ce qu’elle aurait pu faire. Maintenant ce qu’on aurait pu faire en présence de ce succès commercial qui dénote une grande intelligence des affaires, c’eut été de s’occuper de l’âme de ces 3 000 fonctionnaires (sic) (…) ; si le succès de la maison a permis d’être plus généreux qu’ailleurs, cependant nous craignons que le principal devoir du patron, qui est de faciliter le chemin du ciel à ses inférieurs (sic) n’ait pas été assez compris. Si le patron de M. et Mme Boucicaut eut fait de ces commis laborieux deux chrétiens, quelles merveilles il eut préparées ! Combien en effet une maison pour les malades avec sœurs et prêtres, un orphelinat, enfin combien de pauvres participant ainsi aux bénéfices, eût été un spectacle digne des anges en ce quartier favorable de la rue de Sèvres ! (…) Il est vrai qu’on dit, pour réussir, il faut être neutre. Du neutre, rien que du neutre, jamais de zèle. Ce n’est pas notre devise ».

    Mme Boucicaut qui avait vécu selon les enseignements de sa religion, qui fut enterrée avec les fastes de l’Église, qui avait financé la réfection de l’église de Verjux, qui par son testament fondait un hôpital à Paris et faisait des dons à plusieurs églises catholiques de Paris, Cannes, Verjux, Gergy, Fontenay, Bellême, avait peut-être eu pour certains le tort d’être née d’une fille-mère, dans une famille pauvre et de ne pas avoir eu une éducation comme on disait alors…

    Est-ce à dire, à la lecture de ces deux articles, que ses préférences allaient aux « républicains » ? Nous ne pouvons l’affirmer et il semble qu’elle ait été au-dessus de ces jugements contradictoires. Nous nous bornerons à constater que sa bonté s’alliait à un esprit de tolérance remarqué en bien des circonstances. Par son testament, elle s’attache à venir en aide à ceux qui souffrent, aux pauvres, aux filles-mères, aux déshérités de Paris, de Verjux et d’ailleurs, mais elle n’oublie pas les organisations religieuses : elle fait des dons variés à des églises catholiques – nous l’avons dit – (environ 500 000 francs or), au représentant des intérêts religieux israélites (100 000 francs) et protestant (100 000 F) et aux orthodoxes grecs de Paris (25 000 F).

    « Honnêteté, générosité et bonté » écrivait M. Bouguereau, membre de l’Institut pour la caractériser. Ne l’oublions pas.

    En guise de conclusion11, nous emprunterons une phrase à un livre de lecture à l’usage des écoliers des années 1890-1900, le « Jean Felber », où, dans une partie réservée au département, on cite les grands bienfaiteurs, dont Mme Boucicaut : « Son village natal s’embellit de vastes écoles, très confortables, qu’elle donna sans conditions, sans vouloir amoindrir la liberté de ses concitoyens ».







Notes :

1 - Je remercie M. le Maire de Verjux et la secrétaire de mairie de m’avoir autorisé à consulter les registres de délibérations du conseil municipal et le dossier Boucicaut.
2 - « Laïque » est employé ici avec le sens de « non congréganiste », mais pas avec celui qu’il aura un peu plus tard avec les lois instituant la gratuité, l’obligation et la laïcité de l’enseignement publique.
3 - Le Progrès de Saône-et-Loire, 19-20 septembre 1881.
4 - Archives communales.
5 - La liste complète du mobilier est donnée, pour permettre d’apprécier la qualité de l’équipement à cette date.
6 -Le Progrès de Saône-et-Loire des 19-20  septembre 1881. Le journal « conservateur » (Le Courrier de Saône-et-Loire) consacre 27 lignes à l’événement.
7 -Est-ce cela qui a décidé Mme Boucicaut à faire construire, à la fin de ses jours, le pont reliant les deux communes ?
8 - Surtout dans le monde rural d’il y a cent ans…
9 - Historique des magasins du Bon Marché.
10 - Recueil de 137 articles de journaux français et étrangers sur la mort de Mme Boucicaut, son testament, etc., rassemblés par M. Joissaut, de Beaumont-le-Royer (Eure) et offert à la mairie de Verjux en 1890 (Archives Municipales).
11 - On a déjà beaucoup écrit sur Mme Boucicaut dans des articles divers et dans des ouvrages généralement consacrés « Au Bon Marché » et à son mari, Aristide Boucicaut. Toutefois, la personnalité de Mme Boucicaut et sa vie, à Paris et en province, sont mal connues, ainsi que le détail de son action philanthropique. Au cours d’une de ses expositions, en 1964, le G.E.H.V. avait présenté des documents inédits et un tableau assez complet de la vie et des réalisations d’Aristide et Marguerite Boucicaut. Nous nous proposons de reprendre cette documentation et de la compléter pour publier une étude approfondie dans un avenir assez proche.