Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Noël dramatiques aux Bordes en 1786

Jacqueline Farion - Trois Rivières n° 53


Sommaire
    Depuis les inondations successives de décembre 1981, décembre 1982 et mai 1983, les habitants des Bordes n'ont pas été confrontés avec le problème des grandes crues. Mais le mauvais souvenir réapparaît aux moindres grandes pluies. Si le territoire est entièrement submergé et les maisons envahies par les eaux, il n'en reste pas moins que l'évacuation sur verdun est actuellement facilité par le pont. Cependant l’accès à ce dernier ne put être assuré qu'en barque, avec tous les dangers que représentent, en s'affrontant violemment, les courant du Doubs et de la Saône. Sans une extrême prudence et surtout une grande connaissance des eaux déchaînées à certains endroit, les barques légères utilisées par les riverains, seraient rapidement entraînées par le courant.
    A notre époque, seules de grandes inondations demandent une vigilance accrue pour accéder au pont, mais imaginons la vie des riverains, deux siècles en arrière, lorqu'ils devaient franchir le Doubs en crue ou par temps de glaces à l'aide d'une barque guidée par une maille (1).
    C'est cette traversée du Doubs un certain Noël 1786, que Maître Machureau, notaire à Chauvort, a relaté avec un réalisme poignant dans un acte du 28 décembre de la même année.

    Le hameau des Bordes ne possède pas de lieu de culte, les habitants doivent se rendre à Verdun en empruntant le bac pour assister aux offices religieux à l'église Saint-Jean ou à la chapelle Notre-Dame de Pitié.
   Le 25 décembre 1786, Quantin, domestique du passeur, transportait sur le bac Claude Vaudoiset qui devait assister à la messe de Noël. Au cours de la traversée, l'embarcation fut prise par les glaces. onze personnes, la plupart familères des caprices de la rivière, ont tenté de les secourir, au prix d'énormes difficultés :

   - 5 habitants des Bordes: François Merle (charretier sur la rivière), Claude Bergeret, Claude Baron (pêcheurs), François Biguey, François Vantey (Mariniers).

   - Habitants de Verdun: Jean-Marie Saulnier (négociant) et son frère, Pierre Mathuriau (marinier à Saint Jean de Verdun), Jean Larnoix (pontenier) (2), Pierre Tateriau et son fils (charpentiers en bateaux).

     Impuissants de nombreux témoins ont assisté à cette scène qui a failli se terminer de manière tragique. L'émotion soulevée est si considérable que, trois jours plus tard, des habitants des Bordes sollicitent officiellement la construction d'une cure (dons d'une église) dans le hameau. Formant pétition, ledit acte, signé au domicile du prêtre chapelain de Verdun, avait recueilli, outre la signature de ce dernier, celles du prêtre chapelain de Notre Dame de Pitié, du vicaire et d'une grande partie des notables verdunois dont on trouvera les noms et qualité en annexe. Le paraphe du passeur n'en fait pas partie, semble-t-il: est-ce un oubli? Nous pouvons en douter.

     Survenant à la veille de la Révolution qui, a battu en brèche la puissance de l’Église catholique, cette requête, remise en question durant des décennies, restera vaine. En effet, le hameau des Bordes, malgré son érection en commune en 1790, ne sera pas doté d'un édifice cultuel, hormis une modeste chapelle privée construite vers 1840.

    En découvrant la teneur du texte, nous comprenons mieux l'acharnement des paroissiens des Bordes à obtenir une cure sur leur territoire.
  

Notes :

(1) : Maille: chaîne ou cordage tendu (e) d'une rive à l'autre
(2) : Pontenier: passeur, fermier du bac des Bordes