Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Saint-Loup-de-la-Salle

Histoire d'un village bourguignon

Gérard Delannoy - Extrait de Trois Rivières n° 54


Sommaire
    [...] Une légende voudrait que St Loup ait été fondé par l'évêque de Troyes, éponyme, qui reconduisait Attila après la défaite de ce dernier aux Champs Catalauniques en 451. Au passage de la Dheune, les chevaux de l'évêque et de ses compagnons auraient refusé d'avancer. N'est-ce pas un signe divin?. On laisse le Barbare aller vers son destin et on rebrousse chemin. Un peu plus tard, quelques compagnons de Saint Loup, séduits par le site, reviennent s'y établir.

    [...] Après leur défaite, les  Huns auraient volontiers pillé la ville de Troyes. Son évêque leur envoie une ambassade qui est massacrée: Saint Loup se rend alors lui-même dans le camp des barbares où il est retenu prisonnier. Réussit-il à convaincre Attila? Toujours est-il qu'il accompagne la retraite de celui-ci jusqu'au Rhin pour revenir dans sa patrie. Le site de Saint Loup n'est pas sur leur chemin: à moins de supposer un itinéraire par le sud? Le plus probable est que cette belle légende ait été imaginée plus tard, quand la première église fut baptisé Sanctus Lupus?

    A partir de l'époque carolingienne (8° siècle), un habitat est probable sur le site de l'actuel St Loup: une clairière plus ou moins marécageuse, au bord d'une petite rivière, la Dheune, enserrée dans la profonde forêt de la Curaine et à proximité d'un carrefour de chemins anciens: celui de Cercy à Demigny qui passait à travers l'actuelle place de l'église- un pavement ancien a été signalé en direction NEE-SOO- et celui de Beaune au gué de Montchanu au nord de Raconnay. [...]

    Afin de se consacrer à son immense domaine, tout en demeurant le protecteur des rois. Il obtient en 936, du nouveau roi Louis IV d'Outremer, le titre de "Duc des francs" et le gouvernement de la Bourgogne. Il est le père de Hugues Capet) ainsi que Gilbert, remarquable comte de Bourgogne, son soldat le plus courageux (archicomte de Bourgogne de 923 à 936), Thibault, notre remarquable fidèle sujet en toutes circonstances (comte de Troyes)..."
    En voici l'objet: une demande d'exemption d'impôt en faveur de Willenco (Guilain) et de ses fils Widoni (Guy) et Norduino (Nordin) "sur quelques bien, de Saint-Beury (Beurizot) sis en un village de Bourgogne dans le hameau de Cheilly sur la Dheune, consistant en 18 manses (domaine comprenant autant de terres qu'une charrue à 2 boeufs peut en labourer en 1 journée) et la moitié d'une église dans le comté de Beaune, ainsi qu'une autre église entière dans le comté de Chalon, consacrée à saint Loup et sise sur la rivière précitée."
    Il est ensuite précisé qu'après la mort des fils tous ses biens devront revenir à la basilique de Willenco de Saint Beury.
    Donc, "Sanctus Lupus" existe au milieu du 10° siècle.
    Sans doute un hameau est-il promu au rang de paroisse lorsque la première église ou chapelle y est construite en l'honneur de Saint Loup de Troyes. Celui-ci ayant été cononisé en 879, on peut supposer que la première église a été érigée à la fin du 9° siècle ou au début du 10° et "attribuée" à ce Guilain,premier seigneur de St Loup.(...)


LE XIVe, UN SIÈCLE CALAMITEUX

    Ce siècle fut, dans l'ensemble, malheureux pour la France et la Bourgogne. D'abord, la seconde décennie fut particulièrement humide. En 1316, la récolte est si misérable qu'il en résulte une première famine. Elle est suivie d'une peste originaire d'Italie.

    A partir de 1337, la France connaît une longue période de guerres et de troubles (1337 - 1453). La peste noire, originaire de Chine, décime la population en 1348 et revient tous les 10 ans.

    Les troubles d'ordre militaire gagnent la Bourgogne qui est ravagée au début des années 1360, d'abord par l'armée d'Edouard III (que le duc parvient à éloigner en lui versant une énorme rançon et en lui livrant des otages) puis par les Grandes Compagnies (déserteurs des deux armées) qui "robèrent (saccagèrent) tout le pays... Lors des troubles, les paysans se cachent ou se réfugient dans les villes: les champs ne sont plus cultivés et l'année suivante la famine réapparaît. On a pu dire:"Après la guerre, la famine et après la famine, la peste." Cela s'est vérifié souvent!

   Dans un texte de 1363, on trouve la liste des réquisitions opérées à Géanges (les exactions n'étaient pas notifiées!) par "les gens de Monsieur Jean d'Arminat et du bâtard de Lobrac" (sans doute aux ordres du duc). Il s'agit essentiellement de froment de "soille" (seigle) et d'avoine. La même année, Géanges étant sous la menace des Grandes Compagnies installées au château de la Borde, l'abbesse de Saint Jean le Grand fait envoyer la récolte d'avoine au fort de St Loup (cour Boissia). Les Géangeais ne peuvent payer les rentes qu'ils doivent à l'abbesse de Sant Jean le Grand: "les personnes qui les doivent sunt cy pouvrez, tant par les garres comme par les tempestes qui hont estey ou pai's, que l'on ne peut trover de quoy esplotier suis eaulx..." -translation libre: ils sont si pauvres à cause de la guerre et du mauvais temps qu'on ne peut plus rien en tirer...
    Le château de La Salle, isolé et mal protégé, est dévasté par une des bandes: les Bretons de Troussevache. Il est probable que nombre des habitants de Saint Loup, réfugiés ou non au château, ont dû subir leurs violences et leurs exactions.

    Les chefs de ces Grandes Compagnies vont rencontrer à Chagny en 1366 le connétable Duguesclin qui leur remet une importante somme d'argent au nom des rois de France, de Castille et du pape d'Avignon et les emmène guerroyer en Espagne.

La population décline:

   Pour la répartition de la taille (impôt seigneurial ou fouage puis impôt royal), on établit la "cerche des feux" (dénombrement des foyers). Ainsi peut-on avoir une idée du nombre des habitants; la convention est de multiplier par 5 le nombre des feux. En 1358, la cerche pour Saint Loup indique 106 feux.
    Puis, on établit 3 catégories d'habitants:

En 1360: 5 feux francs, 38 feux taillables, 7 misérables.
En 1393: 2 feux francs, 25 solvables, 8 misérables.
En 1400: 2 feux francs, 18 solvables, 6 misérables.
Ainsi, pour le hameau de Géanges, la population passe de 103 feux en 1358 à 19 en 1391. Sans multiplier les exemples, notons que Chalon ne compte en 1393 que 191 feux dont 102 sont misérables et 76 mendiants. l'ensemble du baillage comprend alors 3341 feux.