Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Tremblement de terre à Verjux en 1783

Antonin Guillot - Trois Rivières n° 22


Sommaire
    Le hasard a fait que M. Henri Huet, inspecteur principal des Postes à Chalon, en compulsant les registres paroissiaux de Verjux (où il passa son enfance), a découvert dans le registre des baptêmes de 1783, une note du curé de la paroisse, datée du 6 juillet 1783, relatant un tremblement de terre. Il a bien voulu nous la signaler et nous l'en remercions vivement.
     En voici le texte intégral, ainsi qu'une reproduction.

Tremblement de terre 6e juillet 1783

     Commun a tous les villages voisins au même instant    Le six juillet, mil sept cent quatre vingt trois, nous avons éprouvé à Verjux, un tremblement de terre, très sensible, sur environ les neuf heures trois quarts du matin, effrayant, comparé a un coup de tonnerre continu pendant plus de deux minutes : l'église, ou tous les paroissiens et beaucoup d'étrangers assistaient à la messe de paroisse, celle du quatrième dimanche après la pentecote, a été fort agitée, de manière que le peuple consterné a pris la fuitte : il n y a cependant eu aucunes ruines dans la paroisse.
    Ce tremblement a été précédé par des brouillards extraordinaires en plein été qui ont tenu durant plus de trois semaines, a voiler chaque jour le soleil le plus ardent, dans tout le cours de ces 3 semaines ; a persévérer chaque nuit, ou la lune et touttes étoiles etoient pleinement voilées ; + commencèrent a
Ils + se dissiper le jour du tremblement, ou le soleil parut dans tout son éclat dès le grand mation, + paroissoit et des le lendemain il + n'en être plus mention, quoiqu'ils aient continué, mais moindres, durant quelque tems ce qui a été suivi par des fièvres qui se sont déclarées dès le mois d'aoust, qui nont pas été mortelles pour le plus grand nombre, mais qui abbatoient touttes les forces et pour longtems.
J. Léger curé


Ce texte présente un double intérêt.

    Il est rare que les curés mentionnent des évènements ou des réflexions personnelles sur les registres paroissiaux. J'ai pu le vérifier en consultant aux Archives Départementales tous les registres paroissiaux du canton (actuel) de Verdun et de plusieurs autres paroisses limitrophes, à la date du 6 juillet 1783 ; seul, celui de Verjux relate l'événement. Je n'en ai trouvé un écho que dans le "Petit manuscrit de Louis Boissard, de Bragny-sur-Saône", rédigé au début du 19e siècle (cf "Trois Rivières", n°14/1979, p.11). L. Boissard écrit : "… Le 6 de juillet suivant, qui était le dimanche, se fit ce grand tremblement de la terre, qui arriva à l'heure de dix à onze, qui mit tout le monde en mouvement, les petits et les grands".

    Par ailleurs, il semble intéressant de savoir si, dans le passé, une région a été le théâtre de secousses sismiques plus ou moins importantes. Désirant avoir des précisions sur ce tremblement de terre de 1783, j'ai eu recours à l'Institut de Physique du Globe de Strasbourg (Service de Surveillance Sismologique) qui a répondu aimablement et rapidement, ainsi qu'à M. Vogt, auteur d'un livre édité par le B.R.G.L. : "Les tremblements de terre en France", d'où ont été tirées les informations qui suivent.

    Ainsi, les notes du curé Léger, en date du 6 juillet 1783 (que M. Vogt qualifie de "précieuses"), signalées par M. Huet, constituent une contribution non négligeable à la connaissance historique et scientifique. S'il vous arrive aussi, en feuilletant des registres paroissiaux ou autres documents anciens, de découvrir des remarques analogues rédigées par les curés, notaires ou autres gens, nous vous invitons à en faire part au G.E.H. Verdun, qui pourra les exploiter et éventuellement les publier.


    Le séisme du 6 juillet 1783 avait sans doute son épicentre bien au-delà de la Bourgogne puisqu'on le signale parmi les plus meurtriers des mille dernières années, en particulier en Italie, où on évalue à 50 000 le nombre des victimes en Calabre.

    Hormis ce que nous apprend le livre de M. Vogt sur ce tremblement de terre mémorable, nous avons recueilli quelques autres informations concernant ses effets en quelques points de la Bourgogne .
     Dans l'"Histoire du Duché de Bourgogne" de Courtépée (additions de l'édition de 1848), une liste de tremblements de terre ressentis à Dijon depuis le 18e siècle, mentionne celui du 6 juillet 1783, à 9 heures 56 minutes. Dans un autre ouvrage, il est considéré comme "assez violent", à Bonnerencontre (Côte d'Or). On en parle également dans la "Revue de Bourgogne" de 1914, page 356, pour Beaune et Chassagne.

     Mais un témoignage provenant de Saint-Symphorien-sur-Saône (Côte d'Or) corrobore nettement celui du curé de Verjux (à quelque 35 km à vol d'eau) :

     "En 1783 il arriva en janvier un tremblement de terre à Messine dans la Sicile qui a détruit toute cette ville et ses environs. Il y a eu plus de cent mille personnes qui ont péri, le fond du ciel affreux se joignit à ce tremblement de terre cette année dans la France. On vit depuis le 17 juin jusqu'au mois de juillet une brume dans l'air qui obscurcissait beaucoup les matins et les soirs. Le soleil, dans ce temps-là, paraissait en feu, on le regardait fixement sans éblouir les yeux comme à l'ordinaire. Le 6 juillet qui était un dimanche, à 10 h. du matin, tout d'un coup, on entendit un bruit violent semblable au tonnerre, sourd comme une voiture chargée monstrueusement de pierres, et il se fit une secousse assez violente de terre en sorte que toutes les maisons furent ébranlées dans le dessus et les murs, dans toutes les parties, éprouvèrent comme une dissolution : les personnes qui étaient dehors se sentirent comme renversèrent et eurent peine à se tenir sur leurs pieds. C'est ce que nous avons éprouvé à St Symphorien où tout le monde fut beaucoup effrayé" (Chenevoy, "Villages d'Outre-Saône", I, p. 80).

     Ces brumes épaisses voilant le soleil depuis juin, dont parlent le curé de Verjux et le témoin de Saint-Symphorien ne seraient-elles pas dues à des nuées de poussières volcaniques émises par l'Etna dans une phase préliminaire au séisme du 6 juillet et répandues dans la haute atmosphère, phénomène observé ailleurs et à d'autres époques. Il faudrait évidemment recueillir des témoignages analogues pour d'autres régions de France et sans doute d'une partie de l'Europe pour confirmer cette hypothèse…