Groupe d'Études Historiques
de Verdun-sur-le-Doubs
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Trouvailles archéologiques dans le lit du Doubs à Ciel et à Saunières dans les années 1960-70

Louis Bonnamour - Trois Rivières n° 74


Sommaire
S’ils appartiennent désormais à l’histoire, les dragages réalisés dans le lit des cours d’eau par des sociétés privées dans le but d’extraire des matériaux alluvionnaires pour leur commercialisation, ont certes amené de nombreuses découvertes archéologiques, mais sont également à l’origine de la destruction brutale de multiples sites archéologiques.

Le fréquent manque d’intérêt de la plupart des archéologues pour ce type de découvertes, fait que les quelques documents archéologiques parvenus à notre connaissance, ont pour la plupart une origine relativement imprécise. Le recoupement de témoignages oraux et d’informations diverses, permet néanmoins parfois, de rattacher avec vraisemblance ces trouvailles anciennes, souvent mal localisées, à des sites archéologiques et notamment à des passages à gué.

Trois séries de trouvailles réalisées  par des dragues dans le lit du Doubs à proximité de Verdun  entre 1959 et 1962, répondent à cette problématique. Il n’est pas inutile de reprendre les quelques informations qui nous sont parvenues au sujet de ces découvertes, dans la perspective  de recherches futures.

En respectant l’ordre chronologique des trouvailles, nous nous pencherons donc sur les dragages des années 1959-1960 au niveau de « La Barre » de Saunières, sur les découvertes réalisées l’année suivante par une drague de la Société Anonyme de Dragages de Chalon, à l’aval immédiat du pont de Saunières, et enfin sur les dragages effectués en 1962 à l’aval de la tuilerie du Chapot, au niveau de la Roie de Ciel. Ces trois séries de découvertes, que l’on peut selon toute vraisemblance rapporter à trois sites de gués, me paraissent symptomatiques d’une époque où le suivi de ce type de trouvailles était encore essentiellement le fait de collectionneurs privés voir de marchands. Si la perte d’informations a de toute évidence, été considérable, les quelques indices recueillis n’en présentent  pas moins un intérêt certain aux yeux des archéologues.


LES TROUVAILLES DE LA BARRE DE SAUNIERES

    Au mois de décembre 1961, L. Armand-Calliat faisait l’acquisition pour le musée de Chalon auprès d’un dragueur de Verdun, d’une série de 17 documents archéologiques mentionnés  comme ayant été trouvés dans le Doubs « entre Pontoux et Saunières ». La plupart d’entre eux étant restés inédits, il nous a paru utile de les figurer ici grâce aux excellents dessins réalisé par Catherine Michel au Musée Denon. La publication, dans Le Courrier de Saône-et-Loire daté du 14 août 1959, d’un article intitulé : « En collaboration avec le Groupe d’Etudes Historiques de Verdun, les hommes-grenouilles s’efforcent d’identifier une mystérieuse chose enfouie dans le Doubs » et relatant le témoignage d’un dragueur concernant des découvertes, notamment celle de monnaies romaines, effectuées par la drague à proximité de la Barre de Saunières, atteste qu’au cours de l’année 1959 une drague de Verdun a bien travaillé dans ce secteur.

Le toponyme « La Barre », la présence de chemins transversaux aboutissant au cours du Doubs en ce point, laissent supposer l’existence d’un ancien passage à gué. Si rien ne permet de prouver de manière certaine que le lot d’objets acquis deux ans plus tard, provient bien de ces travaux d’extraction, la constitution même de la série ainsi que sa chronologie, correspondent incontestablement à des trouvailles faites sur un site de gué. Le gué de la Barre de Saunières étant le seul passage identifié à ce jour entre Pontoux et Saunières, le petit lot de documents acquis par L. Armand-Calliat en 1961, a toutes chances de provenir de ce site même si un doute subsiste.

Liste des documents acquis en 1961 (inventaire Musée Denon, 61.11.1 à 61.11.17) :

1) Petit poignard chalcolithique en silex translucide à dos partiellement poli. Longueur 126 mm (fig. 1).
2) Epée en bronze de type Rixheim-Monza à 4 rivets (Bonnamour 1969 n° 40, pl. XXV)
Longueur 603 mm. Début de l’âge du Bronze final, XIIIe siècle avant notre ère (fig.2).
3) Epée en bronze de type Forel. La partie supérieure de la soie est brisée. Longueur actuelle 482 mm (Bonnamour 1969 n° 52, pl. XXVI). Début du Bronze final III, vers 950-850 avant notre ère (fig. 3).
4) Pointe de lance en bronze du type à douille. Longueur totale 195 mm (Bonnamour 1969, n° 83, pl. XIII). XIIe-VIIIe siècles avant notre ère (fig.4).
5-6-7) Trois épingles en bronze à col renflé, cannelé et tête en trompette appartenant à la fin du Bronze Moyen (Bonnamour 1969, n° 118-119-120, pl. XVIII) – (fig. 5).
8) Une pointe de flèche ou de javeline en bronze à ailerons et pédoncule, longueur 89 mm (Bonnamour 1969, n° 94, pl. XI) Type languedocien du VIIe siècle avant notre ère (fig.6).
9) Pointe de lance gauloise en fer, longueur 300 mm (fig. 7).
10) Un vase protohistorique en terre noire, non tournée (fig. 8).
11) Une pointe de javelot en fer à douille et ailerons très développés se rapportant à un type germanique en forme de harpon. Ces armes, considérées comme ayant appartenu à des tribus germaines fédérées des IVe-Ve siècles de notre ère ont été trouvées à 5 reprises sur la Saône en aval de Verdun (Sassenay, Gergy) ainsi que sur le Doubs à Verdun, Saunières et Pontoux. Leur appartenance à une colonie germanique implantée localement (Sermesse, ancienne Sarmatia ?), est possible (Feugère 1990, n° 125, fig. 91) – (fig. 9).
12) Grande clef gallo-romaine en fer, longueur 190 mm (fig. 10).
13) Vase d’époque mérovingienne décoré à la molette (fig. 11).
14-15) Deux poignards médiévaux (fig. 12 et 13).
16) Ecuelle vernissée avec marque I.H.S., XVIIIe siècle.
17) Assiette à couverte glaçurée verte. XVIe-XVIIe siècle (fig. 14).

En 1963, cette petite série a été complétée par l’acquisition de 5 poids de filets en terre cuite de forme semi-sphérique, d’époque médiévale ou moderne, et d’un type spécifique à la région verdunoise (fig. 15). Un autre poids de filet en pierre, avec perforation, a également été recueilli (fig. 16).

Cette petite série de documents montre un échelonnement des découvertes sur quatre millénaires, depuis le Chalcolithique jusqu’à la période moderne. L’abondance des armes, notamment protohistoriques, constitue une autre caractéristique des trouvailles de gués. L’absence de vaisselle métallique, d’époque romaine notamment, peut surprendre mais il est probable que L. Armand-Calliat ne fut pas, deux ans après les trouvailles, le seul « amateur » intéressé par les objets arrachés au lit du Doubs. Il est notamment certain que le dragueur auprès duquel furent acquis ces documents, était notamment, de son propre aveu, en contact régulier avec un marchand d’antiquités de Beaune.


LES DÉCOUVERTES A L’AVAL DU PONT DE SAUNIÈRES

Réalisés en 1961 par une drague de la Société Anonyme de Dragages de Chalon, ces travaux ont porté sur un secteur situé à l’aval immédiat du pont. Les découvertes effectuées à l’occasion de ces travaux ont été, pour l’essentiel, vendues à deux collectionneurs chalonnais avant d’être finalement, pour partie, acquises par le Musée Denon. Dès 1963, j’avais d’autre part pu recueillir au port nord de Chalon, auprès des ouvriers de la station de criblage des matériaux de dragage, une exceptionnelle pointe de lance gauloise à douille gravée (fig.  ). Par ailleurs, les dragueurs chalonnais dont la drague était alors redescendue sur la Saône après avoir quitté Saunières, m’avaient, la même année, cédé deux récipients de bronze, une entrave en fer ainsi que trois documents d’époque mérovingienne trouvés dans le lit du Doubs en 1961.

Liste des principaux documents trouvés à l’aval du pont de Saunières et conservés au Musée Denon :

1) Epée de bronze à lame rectiligne et languette trapézoïdale munie de deux rivets, longue de 499 mm. Début du Bronze final. Cette arme appartenant initialement à la collection H. Fernoux (Bonnamour 1972, p. 620, fig. 1), provient des dragages du Doubs mais une ambiguïté demeure en ce qui concerne sa provenance précise. Elle a probablement été découverte en même temps que l’épée suivante.
2) Grande épée de bronze à lame pistilliforme et poignée massive. Longueur 726 mm. Ce type, jadis considéré comme étant d’origine hongroise, est représenté parmi les trouvailles de la Saône par des armes trouvées à Anse (Rhône), Tournus, Chalon et Ray-sur-Saône (Haute-Saône). Début du Bronze final II, vers 1150-1050 avant notre ère (Bonnamour 1990, p. 33, fig. 25).
3-4-5) Vases en céramique de la fin de l’âge du Bronze.
6) Grande pointe de lance en fer à douille courte et longue flamme à forte nervure (fig.   ). La douille porte un décor d’esses profondément gravées encadrant un visage humain stylisé. Longueur totale 490 mm. 3e siècle avant notre ère (Guillaumet 1990, p. 89, fig. 75 et 76).
7) Une grande pointe de lance à douille gauloise, longueur 550 mm.
8) Chaudron en alliage cuivreux, fond bombé. Diamètre 350 mm, hauteur 170 mm. La présence d’une série de trous de rivets sous le rebord montre que ce récipient, en tôle mince, était à l’origine rigidifié à l’aide d’un cerclage en fer, pratique d’usage courant à la fin de la période gauloise (Baratte et alii, 1984, n° 16).
9) Base d’une petite stèle en calcaire blanc représentant trois déesses mères. Longueur 235 mm, hauteur conservée 150 mm. Epoque romaine.
10) Petit bassin en bronze à fond plat et bords tronconiques. Diamètre 172 mm, hauteur 86 mm. Epoque romaine (Baratte et alii 1984, n° 50, pl. XXIII).
11) Casserole romaine en bronze coulé (Baratte et alii 1984, n° 196, pl. LIX).
12) Casserole romaine en bronze estampillée NIGELLIO F(ecit) (Bonnamour 1976, p.19). Conservée dans une collection particulière, cette casserole a aujourd’hui disparu.
13) Grand plat circulaire en bronze coulé à pied rapporté, diamètre 374 mm. Epoque romaine (Baratte et alii 1984, n°198, pl. LX).
14) Un chaudron en bronze mince portant plusieurs réparations au niveau du fond. Hauteur 170 mm, diamètre 228 mm. Présence de deux attaches triangulaires permettant de rattacher ce récipient au type Festand daté des IIIe-IVe siècles de notre ère. Comme tous les autres chaudrons de ce type rencontrés sur les gués du Port Guillot et des Ronzeaux au sud de Chalon. Ce vase porte des traces de noir de fumée indiquant un usage prolongé (Baratte et alii 1984, n° 184, pl. LVIII).
15) Chaudron en bronze mince à fond bombé, panse rectiligne et rebord horizontal, diamètre 350 mm, hauteur 185 mm (Baratte et alii 1984, n° 188, pl. LVIII).
16) Une entrave gallo-romaine en fer avec cadenas et chaîne. Longueur 1,10 m.
17) Un vase à parois fines, céramique métallescente d’époque gallo-romaine.
18-24) 7 vases en céramique commune d’époque romaine.
25) Une serpe à douille en fer, longueur 375mm, époque romaine.
26) Une pointe de lance de type framée d’époque mérovingienne. Longueur 390 mm.
27) Un scramasax (sabre à un seul tranchant), mérovingien à lame incomplète.
28) Un petit couteau mérovingien en fer, longueur 350mm.
29) Un pot mérovingien en terre, décoré à la molette, et présentant deux perforations pour la fixation d’une anse métallique.
30-31) Deux vases mérovingiens décorés à la molette.
32) Une épée médiévale à lame signée, incomplète.
33) Une pointe de lance médiévale.
34) Un couteau médiéval, poignée laiton, pommeau sphérique. Longueur 315 mm.
35) Un poignard médiéval à pommeau sphérique. Longueur 307 mm (Bouzy 1990, n° 221, fig.144).
36) Une dague à lame triangulaire, pommeau cylindrique. Longueur 450 mm.                        
37) Une dague à lame triangulaire, garde rectiligne, pommeau conique à six faces. Long.490 mm.
38-49) Onze vases médiévaux en céramique.
50) Une aiguière en étain dépourvue de son couvercle. Hauteur 200 mm. XVIe siècle ?

Un peu plus conséquent que la série précédente (49 documents archéologiques au lieu de 23), ce petit lot d’objets archéologiques, est lui aussi très représentatif des découvertes effectuées sur les sites de gué avec des trouvailles échelonnées entre le Bronze final et la fin de la période médiévale ou le début de l’époque moderne. On observe ici la présence de vaisselle de bronze protohistorique et surtout romaine et, pour l’âge du Bronze comme pour l’époque celtique, la présence de deux armes que l’on peut qualifier d’exceptionnelles, l’épée à poignée de bronze ainsi que la pointe de lance à décor anthropomorphe, indique clairement le caractère votif du dépôt d’objets qui pour certains revêtent un caractère précieux et que l’on ne rencontre habituellement que dans des sépultures princières ou dans des sanctuaires, jamais en tout état de cause dans des habitats.


LES DRAGAGES A HAUTEUR DE LA ROIE DE CIEL

Ils ont été réalisés en 1962 par la drague de l’entreprise Laubriat « sous les lignes à haute tension » aux dires des dragueurs, et semblent n’avoir été l’objet d’aucun suivi régulier de la part des collectionneurs locaux puisque, de l’aveu d’un ouvrier, de très nombreux objets notamment des épées en fer trouvées à l’intérieur de leur fourreau métallique (cette particularité désigne, selon toute évidence, des armes gauloises), furent rejetées à l’eau faute d’avoir trouvé acquéreur. Nous observons une autre preuve de ce manque d’intérêt dans les circonstances qui ont accompagné la découverte du casque césarien en bronze (fig. 17). Découvert en parfait état de conservation, ce dernier fut, des mois durant, suspendu sous un treuil pour servir au stockage de boulons avant d’être remarqué fortuitement et acquis par un membre du Groupe d’Etudes Historiques puis cédé au Musée Denon par l’entremise de L. Armand-Calliat.

Si nous sommes aujourd’hui incapables d’apprécier l’importance réelle des découvertes  effectuées sur ce site, celles-ci semblent avoir été numériquement plus importantes que sur les deux sites précédents. Selon le témoignage des ouvriers, plusieurs dizaines d’outils en bois de cerf avec perforation, auraient également été rejetés à la rivière. Outre les objets vendus à un marchand de Beaune (avec certitude une épingle en bronze du type de Haguenau que j’ai pu dessiner ainsi qu’une épée en fer à bouterolle ajourée du début de l’époque gauloise), dés 1962, L. Armand-Calliat avait pu faire l’acquisition de 9 objets puis, l’année suivante, du casque romain sauvé par le G.E.H.V.  La série la plus importante de documents dragués aux environs du gué de la Roie de Ciel, est incontestablement celle provenant de la collection de M. et Mme Jean Laubriat, collection léguée au Musée Denon en 1999. A côté de nombreux objets sans  provenance plus précise que « la Saône ou le Doubs à proximité de Verdun » et dont un certain nombre pourrait provenir de la Roie de Ciel, 33 objets sont identifiés par le témoignage de Jean Laubriat, comme ayant été découverts dans le Doubs à la Roie de Ciel. Si aujourd’hui, le Musée Denon ne conserve que 44 documents issus de ce site, on peut toutefois raisonnablement penser que le nombre réel des trouvailles a été considérablement plus conséquent.

Liste des documents archéologiques découverts avec certitude au gué de la Roie de Ciel :

1) Une grande hache en bronze à talon du type dit de Haguenau (long. 220 mm), appartenant à la fin de l’âge du Bronze Moyen, entre 1350 et 1250 avant notre ère (Bonnamour 1969, n° 15, pl. V).
2) Une épingle en bronze dont l’extrémité de la tige est côtelée, longueur 225 mm. Type de Haguenau. Comme la hache précédente, cette épingle est à rapporter à la fin du Bronze Moyen (Bonnamour 1967, p. 776, fig. 2,3).
3-4-5) Trois poignards à soie losangique (longueur respective 208, 141 et 140 mm), appartenant au Bronze Moyen.
6) Une hache en bronze du type à ailerons médians, longue de 170 mm, appartenant au début du Bronze final, vers 1250-1150 avant notre ère (Bonnamour 1969, n° 24, pl. VI).
7) Une hache en bronze à ailerons médians et anneau, longueur 126 mm. Bronze final.
8) Une hache en bronze à ailerons médians, longueur 194 mm. Bronze final.
9) Une épée en bronze à soie percée de deux trous de rivets, longueur 585 mm, Bronze final.
10) Une épée en bronze dont la soie est percée de 12 trous de rivets pour la fixation de la poignée en matière organique. Longueur 621 mm. Bronze final (Bonnamour 1972, p. 619, fig. 1,3).
11) Une pointe de lance en bronze, à douille, longueur 187mm. Bronze final.
12) Une pointe de lance à douille, longueur 149mm. Bronze final.
13) Une pointe de lance à douille, longueur 163mm. Bronze final.
14) Une pointe de flèche triangulaire en tôle de bronze, longueur 36 mm. Bronze final.
15-19) Cinq épingles en bronze, deux à tête massive, 2 à tête enroulée et une à tête évasée. Bronze final.
20) Un petit bracelet en bronze de forme ouverte avec décor de chevrons gravés. Bronze final.
21) Une épée en bronze à lame pistilliforme, soie percée de 4 rivets. Longueur 584 mm. Bien qu’un doute subsiste quant à la localisation précise de la trouvaille de cette arme considérée comme une épée de transition entre les épées de l’extrême fin de l’âge du Bronze et les premières épées hallstattiennes, sa trouvaille à l’emplacement du gué de la Roie de Ciel est probable (Bonnamour 1990 n°42, fig .28).
22-29) Sept pointes de lance en fer, à douille, appartenant probablement à l’époque gauloise.
30-31) Deux pointes de flèche en fer, à douille, appartenant probablement à l’époque gauloise.
32) Une épée en fer dans son fourreau à bouterolle ajourée. 3e siècle avant notre ère (Guillaumet 1990, n° 78, fig. 64).
33) Une autre épée gauloise en fer dans son fourreau équipé d’une bouterolle ajourée (vendue à un marchand sans avoir pu être étudiée).
34) Une lame d’épée en fer à croisière campaniforme longue de 779 mm. La Tène finale. IIe ou Ier siècle avant notre ère.
35-36) Deux lames d’épées gauloises en fer dont une avec restes de fourreau métallique.
37) Une fibule en bronze appartenant au type de Nauheim. Ier siècle avant notre ère.
38) Une pointe de lance en fer à douille octogonale, probablement d’époque romaine, longueur 258 mm.
39) Une poignée de casserole romaine en bronze coulé, avec trace d’estampille.
40) Un casque en bronze de type césarien (Armand-Calliat 1965).

L’examen de cette liste montre que sur un total de 40 documents attribuables à une période précise, 21 appartiennent à l’âge du Bronze et 15 à la période gauloise alors que l’époque romaine est totalement sous représentée par seulement trois  trouvailles. Observons en outre que toutes les découvertes parvenues à notre connaissance, concernent exclusivement des objets métalliques, en bronze principalement, les céramiques ayant visiblement, à l’image des haches néolithiques en bois de cerf et de nombreuses épées gauloises en fer jugées non monnayables, été rejetées à la rivière. Le nombre élevé de trouvailles de l’âge du Bronze et d’armes gauloises constitue un indice particulièrement révélateur de l’importance de ce passage aux périodes protohistoriques. Quant à l’absence, quasi-totale, de vaisselle de bronze d’époque romaine notamment, elle ne trouve guère d’autre explication que la vente par les ouvriers à un collectionneur ou à un marchand. Sur l’ensemble des gués de la Saône et du Doubs en effet, la vaisselle métallique est toujours présente de manière significative, ce qui est loin d’être le cas sur le gué de la Roie de Ciel.


Conclusion

En partie détruits par des travaux de dragage voici une cinquantaine d’années, ces trois sites localisés dans le lit du Doubs prés de Verdun, correspondent de toute évidence à des passages à gué qu’il conviendrait de localiser avec précision. Ceci est particulièrement vrai du gué de la Roie de Ciel, parfois qualifié à tort de gué du Chapot. L’examen des cartes et notamment de la carte IGN au           1/25 000e, laisserait supposer que ce passage doit sans doute être recherché légèrement à l’aval des lignes à haute tension, entre le « Haut de Vaux » et le « Petit bas de Vaux », commune de Ciel, où l’on observe la convergence de deux chemins orientés en direction du Doubs.

La documentation recueillie sur chacun de ces passages à gué est très inégale et, de toute évidence, très incomplète aussi, mais on ne peut manquer d’être frappé par la qualité exceptionnelle de certains des objets découverts. On ne peut donc qu’espérer que ces gisements archéologiques n’auront pas été totalement détruits par le passage des dragues et que des recherches méthodiques permettront un jour d’apporter des éléments précis sur ces sites pour replacer l’ensemble  trouvailles connues,  dans leur contexte archéologique local et régional.



Bibliographie

Armand-Calliat L., 1966. Un casque antique en bronze au musée de Chalon-sur-Saône. Gallia XXIII, 1965, 2, pp.261-266.
Baratte Fr., Bonnamour L., Guillaumet J.-P., Tassinari S., 1984. Vases antiques de métal au musée de Chalon-sur-Saône. 5° supplément à la Revue Archéologique de l’Est. Dijon, 135p., 76 pl.
Bonnamour L., 1967. Quelques trouvailles inédites de l’âge du Bronze dans la Saône et le Doubs. Bulletin de la Société Préhistorique Française LXIV, pp.773-784.
Bonnamour L. 1969. L’âge du Bronze au Musée de Chalon-sur-Saône. 94p., 33 pl.
Bonnamour L. 1972. Nouvelles épées protohistoriques en bronze. Bulletin de la Société Préhistorique Française 69, Etudes et Travaux, pp.618-625.
Bonnamour L. 1976. Vases en bronze d’époque romaine trouvés dans la Saône. Actes du IV° colloque international sur les bronzes antiques. Lyon, Annales de l’université Jean Moulin, pp.19-26.
Bonnamour L., 1990. Les armes de l’âge du Bronze dans la vallée de la Saône. « Du silex à la poudre. 4000 ans d’armement en Val de Saône ». Montagnac, pp.21-51.
Feugère M., 1990. Les armes romaines. « Du silex à la poudre. 4000 ans d’armement en Val de Saône ». Montagnac, pp.93-115.
Guillaumet J.-P., 1990. Les armes de l’âge du Fer. « Du silex à la poudre. 4000 ans d’armement en Val de Saône ». Montagnac, pp.55-89.


Liste des illustrations :

Documents provenant de la Barre de Saunières (fig.2-17, dessins Catherine Michel, Musée Denon)

Fig.1, Saunières, extrait de la carte de la Saône (1867), montrant le Doubs entre « La Barre » et le village de Saunières. Nous voyons sur ce document le tracé d’un ancien lit de la rivière aujourd’hui asséché (paléochenal) où seul subsiste en eau l’Etang de la Morte. L’emplacement du bac figure sur ce document.
Fig. 2, poignard néolithique en silex
Fig .3, épée de bronze de type Rixheim-Monza
Fig. 4, épée de bronze de type Forel
Fig. 5, pointe de lance en bronze (Bronze final)
Fig. 6, trois épingles en bronze du Bronze Moyen
Fig. 7, pointe de lance languedocienne en bronze (Premier Age du Fer)
Fig. 8, pointe de lance gauloise en fer
Fig. 9, vase protohistorique en céramique non tournée
Fig. 10, pointe de lance germanique du Bas-Empire
Fig. 11, clé romaine en fer
Fig. 12, pot caréné, d’époque mérovingienne, décoré à la molette
Fig. 13 et 14, poignards de la fin de la période médiévale
Fig. 15, assiette XVI-XVII° à glaçure verte
Fig. 16, poids de filets de fabrication verdunoise, en terre cuite
Fig. 17, poids de filet conique en calcaire
Fig. 18, Saunières, exemple de la pérennité d’un point de franchissement du Doubs au cours des deniers millénaires : passage à gué, bac et pont  
Fig. 19, Saunières, gué à l’aval du pont, détail du décor de la douille d’une pointe de lance gauloise avec, au centre, figuration d’une tête humaine
Fig. 20, photographie du casque romain de la Roie de Ciel